Technique de pelletage

La technique de pelletage n’a rien à voir avec le maniement d’une pelle de chantier. Inutile d’espérer casser un bloc de neige durcie en plantant simplement la pelle avec le pied et en forçant sur le manche.

Aucune pelle à neige ne résistera à ce traitement barbare.

Dans la neige encore meuble

Dans la neige meuble, effectuer de longs mouvements d’aller-retour en tirant avec les bras, “ramer” ou “pagayer”, aidé par la force des jambes et l’entier du corps.

Dans la neige déjà compactée

Dans la neige compactée, attaquer avec la pelle à une plus grande distance de la neige. Faire travailler la physique en sa faveur: Pour obtenir facilement de gros blocs, initier le mouvement de haut, afin d’augmenter la vitesse / l’énergie cinétique avant que la pelle ne touche la neige, au lieu de devoir utiliser la force de ses bras pour enfoncer la lame dans les débris.

Dans la neige durcie, prédécoupage obligatoire !

Appliquer la méthode de découpe de blocs en demi-lune, tout en travaillant en équipe avec le sauveteur du segment voisin.

À 1 mètre dos à la sonde, initiez la demi-lune en regardant vers l’arrière du U. Premier passage en plantant seulement le godet verticalement avec le pied, sans tirer sur le manche. Au deuxième passage, toujours avec le godet à 90°, plantez et tirez, en faisant des blocs d’environ 10 cm d’épaisseur. Reculez ainsi jusque dans un coin du U. 

Une fois la profondeur de godet évacuée, recommencez la manœuvre jusqu’à la profondeur de la victime.

Le pelleteur du segment voisin peut alors continuer la demi-lune dans son propre segment, en libérant également des blocs de 10cm d’épaisseur.

Cette méthode est moins contraignante pour le pelleteur et pour la pelle. La pelle n’est utile que si elle reste entière jusqu’à la fin du dégagement.


Technique de dégagement : Tapis roulant & pelletage en U

La technique qui s’impose actuellement est le pelletage en U. La forme du tapis roulant suit celle de la lettre U : arrondie vers la sonde et parallèle vers le bas.

Cette méthode a été développée par Manuel Genswein et Ragnhild Eide. Elle s’est largement imposée aujourd’hui comme la plus efficace et la plus rapide.

  • Positionnement des secouristes : mesure rapide des distances entre pelleteurs.
  • Travail par compartiment au sein de "la chaîne en U" : la neige est transférée par des mouvements de pagaie.
  • La rotation, dans le sens des aiguilles d'une montre, est initiée par la personne à l'avant : le travail en rotation maintien un haut niveau de motivation et minimise la fatigue prématurée.
  • Découpage de blocs : le secouriste tourné vers l'extérieur du U découpe, pelle à 90° pour un découpage optimal. Les sections doivent être étroites afin qu'elles puissent être brisées facilement.

Mise en œuvre

Organisation du chantier :

Dès que le sauveteur cherchant au DVA arrive dans la zone des 3 m, les sauveteurs qui le suivent peuvent déjà commencer à organiser le chantier.

Si la profondeur est d’environ 1m à l’écran, ils commencent à creuser 1 mètre en dessous du sauveteur de pointe qui termine sa localisation avec la sonde.

Si la profondeur est d’environ 1,5-2m à l’écran, les sauveteurs se placent provisoirement 2m en dessous du sauveteur.

Placement après sondage :

Lorsque la victime a été touchée avec la sonde, le sauveteur laisse la sonde en place et l’équipe déjà au travail de dégagement remonte immédiatement à la sonde. Le sauveteur qui a cherché range son DVA, prend sa pelle et passe en arrière du U de dégagement.

Un déplacement minimal évite de piétiner la zone qui contient peut-être une poche d’air autour de la victime. 

Disposition des sauveteurs :

Le premier sauveteur vient se placer à 1 m de la sonde, tout au sommet du U. Les sauveteurs suivants se placent au fur et à mesure de leur arrivée à 1 m les uns des autres au centre du futur U de dégagement.

Travail en chaîne :

En tenant la pelle devant soi, chaque sauveteur effectue une demi-lune, soit en passant par la sonde, soit par les pieds du sauveteur devant soi pour les suivants.

Il faut rapidement définir et concrétiser le sommet du U et rendre visibles les parois latérales du U, afin que chacun sache où creuser et où se déplacer.

Le premier taille les blocs de neige en partant à 1m de la sonde, et avance vers la sonde en pagayant les blocs et la neige vers l’arrière de la tranchée. Son but principal : descendre le plus vite possible en pelletant le long de la sonde vers la victime.

Le deuxième creuse aussi et assiste le premier dans sa manœuvre. Il pagaie également la neige arrivant de devant vers l’arrière, vers le troisième pelleteur.

Et ainsi de suite en fonction du nombre de sauveteurs. Le travail est de moins en moins pénible lorsque l’on s’éloigne de l’attaque du U.

Travail près de la sonde :

À partir de 30cm de profondeur de dégagement, le sauveteur de pointe doit toujours suivre la sonde (en frottant la pelle contre la sonde, jamais de coup perpendiculaire, risque de couper la sonde). La sonde est ainsi “tenue” au sommet par la neige, et le reste de la sonde doit être visible tout du long du pelletage, la victime est au bout !

Rotation des pelleteurs

Le sauveteur de pointe a un travail très pénible. Il donne lui-même le signal du changement au plus tard toutes les 4 minutes.

Parfois, en état de stress, il ne réalise pas qu’il fatigue et que son rythme ralentit. Le sauveteur tout en arrière peut alors donner le signal du changement.

Procédure de rotation :

Le changement s’effectue en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre : « À mon commando, rotation ! »

Tous les pelleteurs se décalent alors à gauche dans le U, et le pelleteur de pointe se retourne vers sa droite et rejoint l’arrière de la colonne par sa gauche.

Le changement ne devrait s’effectuer que lorsque le remplaçant a touché l’épaule du leader. Cela évite d’interrompre le dégagement à l’avant, ne serait-ce que quelques secondes.

Une fois la rotation effectuée, on reprend rapidement les distances d’1 m entre chaque pelleteur et on creuse immédiatement!

Fréquence de rotation recommandée :

Le changement s’effectue toutes les 4 minutes. Les rotations ne devraient pas intervenir en dessous de 2 minutes minimum, même en cas de fatigue. Les sauveteurs ont ainsi le temps de s’organiser dans leur nouvelle position.

Un changement trop rapide fait perdre un temps précieux et de l’efficacité au groupe.

Adaptation selon les profils :

  • Personne âgée ou affaiblie : rotation toutes les 2 minutes.
  • Adolescent ou personne sans entraînement physique : rotation après 3 minutes.
  • Tous les autres : rotation toutes les 4 minutes.

Gestes techniques

Tant que la victime n’est pas visible, restez absolument debout, plutôt qu’assis ou à genoux pour pelleter. Faites des mouvements de pagaie en passant les blocs de neige en arrière dans la tranchée.

Passez la neige soit par le côté, soit entre les jambes. Ne lancez pas la neige sur les côtés du U ou par-dessus l’épaule : elle retombe en général dans la tranchée.

Dégagement de la victime

Dès que vous apercevez la victime, essayez tout de suite de localiser la tête. Déduisez sa position en fonction de la partie du corps vue en premier et orientez la suite du dégagement.

Organisation finale :

Les deux sauveteurs les plus aguerris en matière de premiers soins travaillent alors près de la victime.

Ils raccourcissent le manche de leur pelle, se mettent à genoux, bassin contre bassin, légèrement tournés sur leur côté libre et creusent rapidement mais avec moins de force. 

Les autres sauveteurs en arrière creusent 2 canaux en demi-lune de part et d’autre et à hauteur des hanches des pelleteurs de pointe pour leur permettre l’évacuation de la neige par les côtés ainsi libérés.

Le but est de dégager la tête et le torse le plus vite possible. 

N’oubliez pas de noter l’heure de dégagement de la tête et du torse, et si les voies respiratoires étaient libres ou non à ce moment-là. Ces informations sont très importantes pour le triage par le médecin.

Les autres sauveteurs finissent d’aplanir la tranchée et redressent les murs. C’est un gain de temps et de confort acquis lorsqu’il faudra extraire la victime à plat sur la terrasse ainsi créée.


Efficacité même avec peu de sauveteurs

De très nombreux accidents survenus depuis 1997 -année d’introduction de la méthode ont démontré que cette méthode fonctionne déjà à partir d’un seul sauveteur.

L’accident ne se produit hélas pas toujours avec le nombre idéal de pelleteurs à disposition pour le sauvetage de la victime.  Mais grâce à cette méthode simple mais combien efficace, on obtient les meilleurs résultats.

D’autres méthodes préconisent de démarrer le pelletage à 1x la profondeur en arrière de la sonde, et d’avancer en direction de celle-ci. 

Les statistiques ont démontré que plus la distance à la sonde est grande,

  • plus le temps d’accès aux voies respiratoires augmente 
  • -7% chances de survie par rapport à la méthode du tapis roulant en U décrite plus haut.

Adaptation selon le terrain

D’une manière générale, on va toujours évacuer la neige vers le bas de la pente. L’inclinaison du terrain sur lequel l’avalanche s’est arrêtée va déterminer la longueur du “U”.

La majorité des victimes terminent leur course sur un terrain “plat”, compris entre 0° et 11°.

Les cas où la victime est retrouvée dans un terrain ayant une pente au-delà de 25° est très rare : piège de terrain, arbres ou buissons, crevasse.

La zone de pelletage à l’intérieur du “U” va donc rejoindre la victime en descendant fortement vers la sonde, et le tapis roulant devrait avoir une pente d’au maximum 26° pour atteindre la victime. 

Une pente plus raide induira une rechute des blocs de neige dans la tranchée.

Trop plate, elle ralentira l’arrivée à la victime.

Calcul sur terrain plat

La longueur de la tranchée en U aura donc au moins 2 fois la profondeur constatée au sondage. Pour 2 mètres de profondeur constatée, il faudra une tranchée longue de 4 m.

La tranchée en U étant plus longue, il faudra donc plus de pelleteurs.

Calcul du nombre de pelleteurs nécessaires :

En principe, les pelleteurs sont distants d’1m les uns des autres.

Terrain “plat” = 2x la profondeur d’ensevelissement (≥95% des situations)

  • Profondeur d’ensevelissement : 2 m.
  • Longueur du U : 2 × 2 m = 4 m ÷ 1 m.
  • Résultat : 4 sauveteurs.

Terrain raide (minimum 25°) = 1x la profondeur d’ensevelissement

  • Profondeur d’ensevelissement : 2 m.
  • Longueur du U : 2 m ÷ 1 m.
  • Résultat : 2 sauveteurs.

Largeur du U

Avant de commencer à creuser, tous les pelleteurs “dessinent” rapidement une demi-lune dans la neige devant eux en tenant leur pelle bras tendus. Cela permettra de visualiser et poser les limites en largeur du futur U.

Dès le début du pelletage, la largeur du U ne devrait pas excéder deux longueurs de pelles, soit 1,50 – max. 2 m. Il faut essayer de creuser rapidement les parois latérales de façon à ce que l’équipe sache où sont les limites de la tranchée.

La largeur de 1,50 m garantit le meilleur rapport effort/efficacité.


Stratégies spéciales: Dégagement en solo 

Si le sauveteur se retrouve seul à devoir dégager une victime, la technique en U sera aussi la meilleure méthode à appliquer.

Profondeur d’ensevelissement entre 50cm et 1m

  • Il se décale d’1m de la sonde vers le bas pour éviter de piétiner la zone d’ensevelissement.
  • Il agrandit dès le départ la zone de dégagement sur 2m de largeur et avance vers l’extrémité de la sonde.

Profondeur d’ensevelissement entre 1m et 3m

  • Il recule à 2m, resp. 3m de la sonde.
  • Il agrandit dès le départ la zone de dégagement sur 1,50m de largeur, creuse une première profondeur de 90cm (trois profondeurs de godet) jusqu’à la sonde. Il lance la neige sur les côtés du U dans ce premier passage.
  • Il recule à nouveau, entre 1m et 2m de la sonde cette fois-ci, et avance en descendant vers la pointe de la sonde en lançant la neige loin vers l’arrière du U.

Son but reste d’arriver le plus vite possible à la tête pour libérer les voies respiratoires et le torse. Le dégagement complet passe au deuxième plan mais reste important pour faire le bilan BLS de la victime (Basic Life Support, ensemble des gestes de premiers secours de base).